lundi 18 avril 2011

Social-écologie par Eloi Laurent / Pour une raison écologique par Bernard Perret


- Social-écologie, Flammarion 2011, 230 p. 17 euros
- Pour une raison écologique, Flammarion 2011, 276 p., 18 euros
Ces deux livres sur le même thème - l'économie face aux défis environnementaux - sont parus le même jour chez le même éditeur, écrits par deux économistes de talent.
DIVERGENCES : Pourtant à première vue les deux auteurs paraissent plutôt s'opposer, l'un (Eloi Laurent) croyant aux capacités de l'économie à relever le défi et à inverser le cours des choses ; l'autre (Bernard Perret) n'y croyant pas. Pour Eloi Laurent, l'effet écologique de développement économique "dépend du niveau des inégalités et donc du niveau d'exigence démocratique des sociétés et des gouvernements".
L'approche de Bernard Perret semble aux antipodes : "Entre l'économie et l'écologie, quoi qu'on dise, la guerre est ouverte et permanente". La raison économique, en poussant à une croissance infinie et en laissant penserque le système des prix permettra d'éviter le pire, est devenue déraison : "Aucune percée scientifique n'est en vue qui permetrtrait de desserrer suffisamment les contraintes environnementales pour nous dispenser d'importants efforts de sobriete". Il nous faut donc un nouveau cadre de rationnalité, qui ne peut être qu'écologique de sorte que toutes les décisions soient prises en compte en fonction des limites de la biosphere.
CONVERGENCES : Opposition frontale ? Pas vraiment. Car - et c'est ce qui est intéressant dans ces deux livres aux présupposés si différents -, dans le détail, une fois les affirmations de principe proclamées, les convergences l'emportent largement sur les divergences. L'un et l'autre estimant indispensable un cadre réellement démocratique ; l'un et l'autre plaidant pour une réduction forte des inégalités ; l'un et l'autre estimant indispensables de nouveaux indicateurs de richesse, de nouvelles formes de gouvernance et une modération de nos appétits.
Sur ce dernier point, Eloi Laurent est plus discret : ce n'est qu'à la fin de son livre qu'il évoque "les nécessaires sacrifices auxquels les générations présentes doivent consentir si elles veulent laisser aux générations futures une réelle capacité de mener leur existence en toute liberté". Un thème que développe bien plus longuement Bernard Perret, pour lequel c'est justement cette incapacité à prendre en compte les générations futures qui déclasse l'économie de son prétendu rôle de guide.
Un Perret plus radical pour la réflexion critique, un Laurent plus pragmatique pour l'action publique : nos deux auteurs se complètent à merveille !

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