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Interview complète :

Pascale vous êtes la présidente d'une association récente puisqu'elle date de cette année. Parlez nous de cette association, quels sont ses buts ?

- Eh bien, nous sommes un groupe d'amis motivés par les questions écologiques, sociales, économiques et nous avons décidé de nous investir dans une association en vue de fonder un Café-bibliothèque à Nice, consacré à tous ces thèmes. Ce que nous souhaiterions c'est que cet endroit soit un lieu de rencontre, un lieu où débattre, suivre des conférences, regarder des documentaires ou des films, rencontrer des auteurs... Nous voulons en faire un lieu convivial où l'on peut se poser, prendre un café, s'informer tranquillement. Ce que nous désirons en fait c'est créer un lieu ouvert, où chacun quelques soient ses opinions se sent accueilli en confiance.

Quel est le parcours personnel qui vous a amené à vous impliquer dans ce projet ?

- De métier je suis assistante juridique dans un secteur sans rapport avec mon association. Par contre j'avais un intérêt pour l'écologie depuis longtemps mais c'était sans conséquences sur mon mode de vie ou sur ma façon de concevoir la société. En fait tout est parti d'une démarche personnelle suite à la découverte d'internet dans les années 2002. Parce que sur internet j'ai eu la possibilité de découvrir l'existence d'associations que j'ignorais et de m'informer par un autre canal que les médias les plus courants.

Et que vous a apporté cette découverte ?

- Eh bien à partir de là  j'ai commencé à saisir les enjeux véritables de l'écologie, à comprendre aussi que cela touchait tous les domaines de la vie. Je me suis sentie de plus en plus concernée, et plus je m'informais plus j'avais l'impression que mon esprit s'ouvrait à de nouveaux horizons, plus vastes que ma petite personne ! Mon petit égo ! En fait j'ai découvert que j'habitais une planète fragile et que si je voulais la laisser dans l'état où je l'avais trouvée, eh bien il fallait agir !

Quelle a été votre évolution à partir de ce constat ?

Tout d'abord je me suis davantage impliquée dans la politique.  Je me suis rapprochée d'un parti écolo - Il s'agit d'Europe Ecologie - et j'ai participé à différentes campagnes électorales.  Mais l'action politique ne m'a pas entièrement satisfaite... J'avais envie de faire quelque chose de plus concret et de plus en amont. Finalement un jour j'ai eu le déclic : pourquoi ne pas créer un lieu de rencontre où les gens tout en faisant une pause café pourraient également s'informer ! D'où cette idée de créer un café-bibliothèque !

Quel public visez-vous en particulier ?

- Mais tout le monde ! Les étudiants, les ménages, les retraités, les chômeurs... Sans aucune exclusive ! Notre bibiliothèque sera tout public et les prêts seront gratuits !

Mais ne pensez-vous pas que le public reçoit déjà beaucoup d'informations sur ces sujets ?

Oui c'est vrai qu'il y a de plus en plus d'informations sur les questions écologiques ou économiques mais il n'y a pas de suivi dans la durée et cette information est souvent partielle. Cela dit c'est vrai aussi qu'en ce moment il y a un bruit de fond sur l'environnement, le développement durable, que l'on met l'écologie à toutes les sauces et qu'il peut y avoir un phénomène de saturation. Comme quand Nicolas Sarkozy disait, il y a déjà quelques temps, que "l'environnement ça suffit" ! Moi je pense que justement ça ne suffit pas et qu'il faut encore et encore informer. . Parce que c'est l'avenir de la société qui se joue en ce moment. Seulement il faut informer à bon escient et présenter au public toutes les solutions aujourd'hui possibles pour tenter de résoudre ces crises. Et il y en a beaucoup. Seulement il y a plus de publicité pour certaines solutions que pour d'autres...

Qu'entendez-vous par là ?

- Eh bien on parle beaucoup de développement durable ou de croissance verte, que certains appellent aussi le capitalisme vert.. En fait c'est une façon de prendre en compte les impératifs écologiques sans pour autant remettre en cause la notion de développement, de croissance économique.  La société, dans ce cas, ne change pas fondamentalement de trajectoire. Au niveau du gouvernement il semble que c'est vers cela que l'on se dirige.  Mais il faut savoir que d'autres proposent des solutions différentes, par exemple la décroissance - plus ou moins sélective, plus ou moins soutenables pour certains - qui remet en cause la notion de croissance économique uniquement calculé par l'indice du PIB (produit intérieur brut). Une attitude qui part d'un constat : "Dans un monde fini une croissance infinie n'est pas possible !" et qui se traduit, entre autres,  par l'axiome suivant : "moins de biens, plus de liens !". C'est dire qu'il existe différents courants de pensées dans l'écologie comme dans l'économie d'ailleurs. On y trouve des représentants aussi opposés que Claude Allègre - qui nie l'origine humaine du réchauffement climatique - ou que Paul Ariès, un des Papes de la décroissance. D'autres encore parlent de solutions technologiques futuristes - Là il s'agit de la géo-ingénierie, qui consiste à manipuler artificiellement le climat pour lutter contre le réchauffement. Ce sont des choix de société qui vont engager des générations entières et j'estime que le public a le droit d'être informé aussi bien sur les uns que sur les autres.

En fait, entre la croissance verte ou capitalisme vert et la décroissance par exemple, il s'agit là de projets de société très divergents ?

- Oui ces différentes solutions sont très opposées. Il y a aussi bien sûr les pro-nucléaires et les anti-nucléaires dans lesquelles on trouve des adeptes de tous les camps. Un sujet d'actualité brûlante quand on voit ce qui se passe à Fukushima au Japon et qui mériterait bien un débat. Parmi tous ces courants de pensées vous trouverez toutes les nuances et subtilités possibles mais ce sont, évoquées très succinctement, les différentes solutions aux crises écologiques et économiques qui nous sont proposées à ce jour.

Est-ce que dans votre bibliothèque on trouvera aussi bien Claude Allègre que Paul Ariès ?

Oui naturellement. On y trouvera par exemple le livre de Claude Allègre "L'imposture climatique" où celui-ci nie l'origine humaine du réchauffement climatique, mais aussi celui de Sylvestre Huet - bien moins connu - qui réfute point par point les thèses de Claude Allègre et s'intitule "L'imposteur c'est lui !", ou encore une des dernières parutions de Paul Ariès "Daniel Cohn-Bendit, l'imposture". Parce que mon but c'est d'abord de démocratiser l'accès à l'information et que même si les courants écologiques ou économiques présentés vont d'un extrême à l'autre, il faut que le public puisse s'orienter vers les uns ou les autres en toute connaissance de cause. Ce qui n'est à mon avis n'est pas le cas actuellement.

Mais vous avez bien vos propres opinions, pensez-vous pouvoir en faire abstraction ?

C'est vrai j'ai mes opinions, mes sympathies et je me sens plus en affinité avec certains projets qu'avec d'autres.  Mais c'est aussi parce que j'ai pris le temps de m'informer et de débattre.  J'ai pris le temps de réfléchir parce que les questions écologiques et sociales m'interpellaient. Et c'est justement la même possibilité que je veux offrir à tout un chacun, qui n'a pas forcément le temps ou les moyens de rassembler toutes les informations nécessaires pour se faire un avis. Parce que nous avons besoin d'être informés des enjeux réels et des conséquences que les décisions prises aujourd'hui peuvent avoir à court ou à long terme. Et parce que moi je crois que les français, et les niçois en particulier, puisqu'il s'agit d'une implantation niçoise, sont assez intelligents et assez sages pour décider eux-mêmes de leur avenir !

Puisque que vous parlez des niçois y aura t-il un rayon consacré aux questions d'environnement ou d'économie sur Nice et sa Région dans votre bibliothèque ?

Oui bien sûr ! Je compte rassembler le maximum de documentation sur les questions d'environnement et d'économie concernant notre région et les mettre à disposition du public niçois.  Par exemple il y a beaucoup de questions touchant à l'environnement qu'ignorent les gens de la région.  Est-ce que vous savez que nous sommes le département qui a la biodiversité la plus riche de France ? Ou bien que la moitié de la surface agricole des Alpes Maritimes a disparu entre 1979 et 1988. Aujourd'hui elle est réduite a à peine 3 % du territoire. En 1970 il y avait 10 000 agriculteurs dans les Alpes Maritimes, alors qu'on estime qu'ils sont environ 600 aujourd'hui. Et ce n'est qu'un exemple !

Est-ce que vous ne craignez pas que les gens, une fois leur opinion faite, soient d'un avis différent du vôtre ?

Bien sûr c'est possible, mais ça je considère que c'est leur choix et qu'il leur appartient. Mais s'il y a des désaccords de fond ce sera justement l'occasion d'en débattre parce que les véritables débats entre des choix de société qui divergent réellement on n'en voit pas souvent par les temps qui courent. Ce devrait pourtant être la fonction de la démocratie : offrir de vrais choix entre des projets différents mais où les partisans de chacun d'eux seraient traités à égalité dans les médias. Sans privilégier les uns ou les autres. Je ne crois pas que ce soit le cas actuellement ou alors à des heures où l'électeur lambda est déjà couché ! Et j'ajoute que tant que nous sommes encore en démocratie nous ne sommes par désarmés pour agir, à condition d'agir ensemble et de retrouver les valeurs du collectif.

Mais ne croyez-vous pas que c'est-ce qui est difficile justement dans une société de plus en plus individualiste ?

C'est vrai ça paraît difficile mais je crois qu'il existe un mouvement en profondeur dans ce pays car il y a beaucoup d'aventures collectives qui se créent tous les jours dans tous les domaines que ce soit dans le secteur associatif ou coopératif. C'est la preuve que les gens éprouvent le besoin de se rassembler pour défendre leurs valeurs. Enfin je crois que quand les gens auront réalisé l'urgence de la situation - et il y a une prise de conscience qui s'étend tous les jours - la sagesse et le bon sens populaire reprendront le dessus et leur dicteront la voie à suivre.  Parce qu'on ne peut pas toujours distraire le peuple avec du pain et des jeux ! On l'a bien vu avec les soulèvements tunisiens, égyptiens, et aujourd'hui la Lybie et la Syrie. Bien sûr dans ces pays il y a des gens qui ont faim, mais ils ont aussi soif de liberté, de dignité, de démocratie !! et c'est ce qu'a prouvé leur usage d'internet.  Car internet ce n'est pas seulement des jeux en ligne et le porno. C'est aussi un formidable outil de communication pour diffuser ses idées et projets.

Eh bien je vous souhaite bonne chance et je vous remercie d'avoir répondu à mes questions.
- C'est moi qui vous remercie !

   
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